Lors des deux sessions d’inventaire effectuées dans le cadre du projet Canopéia, nous avons pu observer plusieurs espèces de papillons de jour très rarement observées, dont Alesa rothschildi. Voici un témoignage de Nino Page, qui revient sur cette observation marquante de la mission.

« La claque ! (c) Maeva Leroy, 2025

Lors des inventaires là haut pour le projet Canopeia, Maeva Leroy a repéré un grand Riodinidae vert métallique et inaccessible, sous le houppier d’un arbre entre 15 et 20m de hauteur. A défaut de pouvoir tenter une capture, c’était l’occasion d’une image, à mon avis exceptionnelle, de cette espèce probablement commune là haut mais tout à fait rarissime vu d’en bas.
Alesa rothschildi, un taxon mythique, que la plupart des fans de Riodinidae rêvent de voir en personne… Une bête qui n’est probablement pas rare puisque les larves ont été découvertes dans les nids de fourmis Cephalotes, dans les branches creuses en canopée. Une bête qui pour autant, ne semble pas descendre des hautes strates, qui nous échappe, et qu’à vrai dire je n’étais pas du tout certain de voir une fois dans ma vie. Merde alors !
Le lendemain, j’étais évidemment dans le même arbre, en train d’attendre de voir ce mâle, passant par toutes les phases – excitation, hâte, anxiété (à cause des nuages !), rage et désespoir en ne le voyant pas arriver alors que l’heure était passée depuis déjà 30 minutes ! Ce sont finalement deux mâles qui se sont présentés à leur poste territorial… en contrebas de mon poste d’observation !
Le poste territorial d’Alesa rothschildi avait déjà été observé par Jean-Yves Gallard à la montagne des chevaux, haut dans les branches d’un arbre dominant, mais c’est une toute autre expérience d’observer cette drôle de danse depuis le dessus ! Chose étonnante, même si c’est l’un des plus grands et gros Riodinidae qu’on connaisse, cet Alesa a un vol très tranquille, un peu plané et similaire à Alesa prema en un peu plus mou. On sent bien que la bête s’économise, et peut disparaître en un clin d’oeil. En approchant le filet pour la faire décoller, le mâle n’est pas craintif pour un sou, rechigne à quitter sa feuille, et montre clairement qu’il est ici chez lui, sous la canopée.
Forcément, avec l’émotion et les mains qui tremblent, impossible de faire une bonne photo : celle de Maeva reste de loin la meilleure image du mâle de cette espèce, à ma connaissance.
Espérons en revoir en janvier ! »

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