La flore littorale de Anse à Prunes, clôture des sorties naturalistes pour l’année 2025 en Martinique !
Sortie réalisée le 14/12/2025
Pour cette fin d’année, une dernière sortie naturaliste a été organisée pour découvrir la flore particulière des différents habitats littoraux qui compose le site de Anse à Prune, pointe méridionale de la Martinique : la forêt littorale et la mangrove sur sable.
Comme à l’habitude pour une sortie centrée sur la botanique, l’accent a été mis sur les critères d’identifications des différentes espèces et familles végétales retrouvées ainsi que leurs particularités en termes d’écologie, de morphologie, de répartition et de statut de conservation. La faune a également été considérée de manière opportuniste dans cette sortie, comme l’observation d’un Colibri falle-vert (Eulampis holosericeus) visitant les fleurs de Jacquemontia solanifolia.
La forêt littorale sur sable de ce site est dominée par les Poiriers pays (Tabebuia heterophylla et Tabebuia pallida) et les mancenilliers (Hippomane mancinella). Elle culmine à une hauteur de canopée de 15 m en moyenne et abrite des espèces peu communes ou patrimoniales, à l’image de la belle population de Forestiera rhamnifolia en sous-bois. C’est la formation végétale se trouvant juste derrière la frange pionnière herbacée et arbustive constituée par exemple de pois bord-de-mer (Canavalia rosea) et d’olivier bord-de-mer (Bontia daphnoides).
Situé à l’estuaire du cours d’eau alimentant l’étang des Salines, une mangrove sur sable s’est développée et est structurée principalement par trois espèces de palétuviers : Avicennia germinans, Conocarpus erectus et Laguncularia racemosa. Ces espèces présentent des adaptations originales en réponse aux conditions extrêmement contraignantes de l’environnement (pneumatophores, glandes foliaires d’excrétion de sel, lenticelles permettant des échanges gazeux aériens en réponse à l’asphyxie racinaire due au sol particulier de ce type d’habitat, etc).
- Avicennia germinans (Mang noir) : arbre, pneumatophores érigés, feuilles opposées sans stipules et pointues, glandes excrétrices de sel sur les feuilles (cristaux de sel souvent visibles).
- Conocarpus erectus (Mang gri) : arbre, feuilles alternes charnues, à domaties visible à la face inférieur à l’aisselle des nervures secondaires, fruits en petites drupes sphériques.
- Laguncularia racemosa (Mang blanc) : arbre, feuilles opposées, oblongues, portant des glandes à la base des pétioles, fruits côtelés et obovales.
Un arrêt sur la flore herbacée de bordure de zone agricole a également été effectué. Ce type de milieu abrite souvent des espèces particulières, résistantes à des pratiques agricoles tel que des fauchages réguliers ou des apports en amendements.
- Echinochloa colona (Panic colonisateur) : herbe exotique envahissante, fleurons en bec, pas de ligule, inflorescence divisée deux fois.
- Malachra alceifolia : herbe, corolle jaune, poils des tiges inférieur à 2mm, bractée externes acuminées, fleurs sessiles ou à pédoncule plus court que les pétioles.
- Rhynchosia minima : liane herbacée, gousse à deux loges, feuilles à ponctuation résineuse à la face inférieure.
- Ruellia blechum (Zèb savann, Jounou kasé) : herbe, feuilles opposées sans stipules, fleurs mauves insérées dans une colonne de 4 rangées de bractées ovales à cordées.
Cette sortie a enfin été l’occasion de retourner sur la seule station connue en Martinique de Mangle oseille (Dodonaea viscosa) qui ne comprenait qu’un seul pied, et statué comme étant mort récemment. L’espèce est donc considérée comme éteinte à l’état sauvage en Martinique, en l’état des connaissances actuelles. Aucune régénération n’a été observée suite à ce passage.
Un moment de détente et de convivialité autour d’un barbecue a permis de clôturer cette balade botanique. Cette journée a été également l’occasion de discuter du bilan de cette année tout en ouvrant les perspectives pour l’année 2026. Des envies que chacun des membres de l’association souhaiteraient voir le jour en termes de sortie et de projet ont émergés et annoncent de belles découvertes naturalistes.
- Bursera simaruba (Gonmyé wouj) : arbre, son écorce se desquamant en plaques, laissant apparaitre un tronc vert, dont les tissus sont composés de chloroplastes lui permettant de réaliser la photosynthèse même en période de carême lorsque l’arbre à perdu la totalité de ses feuilles.
- Forestiera rhamnifolia (Grenn blè bata) : arbre, à lenticelles sur les rameaux, souvent de nombreuses réitérations basales, feuilles opposées entières et dentées.
- Pisonia aculeata (Kwok chyen) : liane imposante à l’architecture particulière : ramification opposée-décussée des rameaux, aiguillons crochus sur les rameaux, glandes collantes sur les akènes permettant aux graines de se faire disséminer.
- Pithecelobium unguis-catis (Kolyé dyab, Grif chat) : arbre, feuilles à 4 folioles divisés en deux paires, gousses hélicoïdales laissant apparaître des graines enveloppées d’une arille rouge ou blanche.
Focus sur les écailles parant le revers des feuilles du genre Quadrella, critère morphologique déterminant pour distinguer les deux espèces végétativement du premier coup d’œil :
- Quadrela indica : nervures secondaires nettement visibles à l’œil nu sur la face inférieure des feuilles, écailles blanche-cristal fragmentées de manière irrégulière.
- Quadrella cynophallophora : nervures secondaires non visibles à l’œil nu ou très peu, écailles plus grandes, de couleur brune cuivre à leur point d’insertion.
- Rauvolfia viridis (Ti bwa lèt) : arbuste à latex, feuilles entières disposées par 4 au bout des rameaux.
- Volkameria aculeata (Té bod lanmè) : arbuste lianescent, feuilles à base du pétiole formant une épine acérée, floraison blanche à 4 étamines sortant largement de la corolle.